21 mai 2017

John Burnside, L'été des noyés: nuits blanches au septentrion

John Burnside, romancier et poète écossais, nous emmène au nord de la Norvège, sur une île du comté de Troms, Kvaloya. Nous sommes bien loin de la Norvège de Jo Nesbo... Le premier tour de magie de Burnside consiste à nous extraire du temps : sur l'île, le monde moderne importe peu. Il se rappelle au bon souvenir de ses habitants lorsqu'un homme de la ville, épris de solitude, décide de s'y installer pour quelque temps. Ou lorsqu'on voit passer une voiture le long de l'unique route carrossable qui longe la mer. 

Dans la jolie maison grise vit Angelika Rossdal, peintre de renom, avec sa fille de 18 ans. Et ce n'est pas leur mode de vie qui va changer quoi que ce soit à cette impression d'intemporalité... Parfois, l'atmosphère qui règne dans la maison grise et le jardin qui l'entoure fait penser à Tchekhov, c'est dire. Le roman est raconté par la fille d'Angelika, Liv, et c'est un récit au passé puisque Liv prend la parole près de 10 ans après ce fameux été des noyés. Là encore, cela n'a pas grande importance: le temps qui passe semble n'avoir pas de prise sur les personnages. 

10 mai 2017

Pierre-François Moreau, "La soif" : Los Angeles, Andalousie


A Los Angeles, Andalousie, on est loin de Hollywood. Mais tout près de Marbella, horreur absolue, rendez-vous des parvenus honnêtes ou moins honnêtes. Tout près aussi d'Algesiras et de Gibraltar, point de fuite de la perspective andalouse. A Los Angeles, il n'y a pas la mer, il fait chaud. Et soif. il y a des hangars, une ligne de chemin de fer, des parkings, des camions qui viennent de partout... et une pharmacie. Dans la pharmacie, Victor vend une bouteille d'eau Velvar à un malheureux en blazer, égaré là avec sa voiture de location. Un malheureux en sueur, épuisé, desséché. Mais porteur d'une carte officielle du service de lutte contre les contrefaçons. La bouteille de Velvar est une contrefaçon, elle contient une immonde flotte pleine de nitrates... De la contrefaçon d'eau minérale ? Vraiment ? Les premières pages de La soif plantent parfaitement le décor - chaleur accablante, déshydratation menaçante - car leur auteur a du savoir-faire. Comment va-t-on s'en sortir ? Que se passe-t-il vraiment à Los Angeles, où "il suffisait de taper dans un palmier nain pour voir dégringoler les mafieux russes, géorgiens, ukrainiens, les maquereaux bulgares, les blanchisseurs finlandais les parrains marocains, siciliens et leurs  cousins napolitains, la pègre espagnole, les cachochymes nazis, les caudataires franquistes, la racaille colombienne, albanaise ou roumaine, les marchands d'esclaves, les putes de l'Est..."? 

8 mai 2017

Tana French, "L'Invité sans visage" : combat sans pitié pour enquêtrice farouche

Un nouveau roman de Tana French, c'est toujours un jour de fête pour moi... Et L'invité sans visage ne fait pas exception à la règle. Nous retrouvons l'inspecteur Antoinette Conway, de la brigade criminelle de Dublin, à la manœuvre d'une enquête bien tordue, en compagnie de Stephan Moran, son fidèle coéquipier sans lequel l'existence serait bien difficile. La vie n'est pas un jardin de roses pour une femme inspecteur.  Le roman commence par un prologue qui nous en dit un peu plus sur le passé d'Antoinette, et permet aux lecteurs qui n'ont jamais lu Tana French de faire la connaissance de cet inspecteur opiniâtre, sombre, qui a appris à l'âge de 13 ans que son père, qu'elle n'a jamais connu, était une sombre brute qui battait sa mère.

30 avril 2017

Hannelore Cayre en conversation avec Christine Ferniot à la Bilipo

Anne-Marie Métailié, Hannelore Cayre et Christine Ferniot à la Bilipo
La Bibliothèque des littératures policières (Bilipo - 48 rue du Cardinal Lemoine - 75005 Paris) a eu la riche idée d'inviter Hannelore Cayre, auteur du formidable La Daronne (éditions Métailié, voir chronique ici). Interrogée par Christine Ferniot, elle a répondu avec beaucoup de spontanéité, abordant des sujets difficiles avec une franchise émouvante et rendant compte d'une réalité particulièrement préoccupante.  Morceaux choisis...

25 avril 2017

Andreï Doronine, l’interview en roue libre

 
Thierry Marignac, Andreï Doronine et Pierre Fourniaud
Andreï Doronine est un sacré personnage... L'allure d'un lutin capable d'apparaître et de disparaître à volonté, l'expression étonnée et un peu méfiante de quelqu'un qui se demande ce qu'on lui veut, et puis finalement, finalement... Andreï Doronine est, surtout, un auteur singulier, et sa parole est à la hauteur de ses mots sur le papier, ce qui n'est pas peu dire (voir ici la chronique de son Transsiberian Back2Black). Après avoir lu des extraits de son recueil de nouvelles pour les lecteurs de la Librairie du Globe, il a bien voulu se prêter au jeu des questions et des réponses, qu'il en soit remercié. Un grand merci aussi à son traducteur et directeur de collection, Thierry Marignac, qui a su faire passer bien davantage que des mots, et à Pierre Fourniaud, son éditeur, pour avoir permis cette rencontre... et participé activement à l'interview.

19 avril 2017

Andreï Doronine, "Transsiberian Back to Black" : drôle comme la mort

Qui est donc Andreï Doronine ? La quatrième de couverture du livre nous donne peu d'indices : né en 1980, ex-toxico, époux d'Olga Marquez, chanteuse d'un groupe de musique populaire en Russie et en Ukraine. Voilà. Rien qui laisse vraiment soupçonner la nature des textes qui s'offrent à nous dans ce Transsiberian Back to Black, recueil de nouvelles noires qui vient rejoindre ses prédécesseurs signés  Kozlov et Constantinov dans la collection Zapoï, qui n'a probablement pas fini de nous en faire voir de toutes les couleurs.

Transsiberian Back to Black, c'est un peu comme une parade de cirque. Les histoires qui y sont racontées nous font peur, nous glacent le sang, et finalement, à notre grande honte, nous font sourire. Tout comme au cirque, on a beau craindre pour l'acrobate ou le dompteur, c'est un plaisir coupable qui gagne. Tout comme au cirque, les odeurs sont fétides, on respire les effluves du sang et des sueurs froides, et pourtant on reste là, fasciné, conscient d'avoir devant nous, sous les mots, un objet singulier, dérangeant, touchant, et dénué de toute pose littéraire. 

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